Matt Hui SS27 : quand l’uniforme retrouve l’enfance
Uniformes d’école, mailles délicates et esprit de jeu : Matt Hui transforme les vêtements de l’enfance en matière à se réinventer.
Avec Matt Hui SS27, l’uniforme n’est plus seulement un signe de discipline. Dans « Live to the Fullest », le créateur basé à Hong Kong retourne vers les vêtements qui ont accompagné l’enfance pour interroger ce que grandir signifie vraiment. Uniformes scolaires, tenues de sport, habits de scout, vêtements de travail et pyjamas deviennent les points de départ d’un vestiaire qui cherche moins à effacer les règles qu’à les assouplir. L’enjeu est de faire cohabiter les codes de l’âge adulte avec une liberté plus instinctive, celle que l’on associe volontiers aux premières années.
Cette collection printemps-été 2027 prolonge une démarche déjà présente dans le premier défilé de Matt Hui, nourri par des photographies de famille et des dessins d’enfance. Ici, le souvenir prend une forme plus directement vestimentaire. Le créateur revient aux silhouettes quotidiennes de ses années de formation, mais ne les reproduit pas à l’identique : il en déplace les proportions, en adoucit la construction et en détourne les fonctions. Le résultat tient dans cette tension entre familiarité et décalage, entre le vêtement dont on reconnaît immédiatement l’origine et celui qu’on ne sait plus tout à fait ranger dans une catégorie.
Matt Hui SS27, l’uniforme comme terrain de jeu
Dans « Live to the Fullest », l’uniforme scolaire sert de langage plutôt que de modèle figé. Les rayures fines, traditionnellement associées à une certaine rigueur, traversent la collection, mais prennent ici un caractère plus souple et contemporain. Les vêtements conservent des indices de leur fonction première tout en s’écartant de la silhouette stricte qu’on leur prête. Cette transformation permet à Hui de travailler la frontière entre conformité et expression personnelle sans tomber dans une opposition trop simple entre règles et liberté.
Le même principe guide l’intégration des accessoires. Les écharpes et les cravates, habituellement ajoutées à une tenue formelle, sont directement incorporées aux vêtements. Elles cessent d’être des éléments secondaires pour devenir une partie de la construction. Ce choix modifie la lecture de pièces familières : au lieu de simplement compléter le look, l’accessoire participe à son architecture. C’est une manière discrète de faire bouger les conventions, sans renoncer à la retenue qui caractérise l’ensemble.
Le vestiaire puise aussi dans le scoutisme, les tenues de sport et le workwear. Ces références sont particulièrement intéressantes parce qu’elles renvoient à des vêtements conçus pour une activité, une institution ou un usage précis. Matt Hui les déplace vers un espace plus personnel, où leur fonction initiale compte autant que la mémoire qu’ils évoquent. Le vêtement devient alors un support de projection : il rappelle un cadre, mais laisse à celui qui le porte la possibilité de s’en éloigner.
Des matières souples pour défaire la rigueur
La construction joue un rôle central dans cette relecture. Des volumes inattendus et un tailoring adouci éloignent les pièces de l’uniforme strict. À cette base structurée répondent des matières plus légères : coton fin, jersey de coton, fil de papier et cachemire fin. Le contraste entre ces textures donne au vestiaire une présence moins formelle et une qualité volontairement vécue, comme si les vêtements avaient déjà une histoire avant d’être portés.
Les détails artisanaux renforcent cette impression sans transformer la collection en démonstration décorative. Broderies florales délicates, maille pointelle et finitions entièrement façonnées introduisent de la douceur dans une garde-robe nourrie par les codes de l’école et du travail. Des accessoires floraux crochetés à la main ajoutent une dimension plus affective. La fleur ne vient pas simplement embellir une silhouette : elle agit comme une petite note personnelle au sein d’un vestiaire qui évoque souvent des vêtements collectifs.
Matt Hui poursuit également son travail sur les proportions adaptables, dans la continuité de la philosophie « one-size-fits-all » mise en avant lors de la saison précédente. L’idée n’est pas de présenter une coupe unique comme une solution universelle, mais d’explorer des formes capables de se prêter à plusieurs interprétations. Dans une collection qui parle de découverte de soi, cette ouverture a du sens : un vêtement n’impose pas une identité définitive, il accompagne différentes façons de se tenir et de se montrer.
Une campagne entre jeu et introspection
L’univers narratif se prolonge dans la campagne, imaginée avec la styliste Perpetua Ip et le photographe Feicien Feng. Pensées comme une partie de cache-cache, les images oscillent entre réalité et illusion. Elles suivent un parcours volontairement ambigu, fait de recherche, de poursuite et d’éveil. Le jeu d’enfance n’est pas présenté comme un simple souvenir heureux : il devient une manière de mettre en scène l’incertitude et les transformations de l’identité.
Les scènes de jeu sont confrontées à des intérieurs plus retenus. Ce contraste fait écho à la construction même de la collection : d’un côté, l’élan et la spontanéité ; de l’autre, l’ordre et l’introspection. La campagne ne cherche donc pas à illustrer chaque pièce, mais à prolonger l’idée que l’on peut passer d’un état à l’autre sans résoudre complètement la tension. L’enfance n’est pas un territoire à retrouver intact, et l’âge adulte n’oblige pas à en abandonner toutes les ressources.
Cette approche inscrit Matt Hui dans une réflexion plus large sur la manière dont la mode transforme le quotidien en récit. On retrouve un intérêt comparable pour les vêtements familiers dans Miu Miu SS27 : réinvention du quotidien audacieux, même si l’angle de Hui se construit autour de la mémoire personnelle et des uniformes. À une autre échelle, NAHMIAS SS27 : l’élégance du passé revisité montre aussi combien le vêtement peut faire dialoguer héritage et présent sans se limiter à la nostalgie.
Le souvenir comme méthode, pas comme décor
L’intérêt de « Live to the Fullest » tient à sa retenue. La nostalgie n’y est pas une fin en soi, ni un prétexte à reproduire littéralement les vêtements d’une autre époque. Les références à l’école, au scoutisme ou au travail restent lisibles, mais leur construction les déplace vers une garde-robe plus personnelle. Cette distance évite de réduire l’enfance à une image attendrissante : elle apparaît plutôt comme une période où les règles sont déjà présentes, mais où l’on apprend encore à les contourner.
C’est aussi là que la collection trouve sa portée culturelle. Les uniformes traduisent l’appartenance à un groupe, tandis que les détails crochetés, les fleurs et les volumes assouplis introduisent des signes d’individualité. Le vêtement devient le lieu où ces deux besoins se négocient. Matt Hui ne prétend pas effacer les contraintes associées à l’âge adulte ; il imagine plutôt comment conserver, au milieu de celles-ci, une capacité de jeu et de réinvention.
Pour le lecteur, le point de vue est moins celui d’une tendance à reproduire que celui d’une méthode de regard. La collection rappelle qu’un uniforme peut être transformé à partir de détails précis, d’une matière différente ou d’une proportion inattendue. En travaillant à la fois la mémoire et la construction, Matt Hui propose un vestiaire qui ne sépare pas complètement l’enfant de l’adulte : il les fait coexister, sans forcer leur réconciliation.
Questions fréquentes
- Quel est le thème de la collection Matt Hui SS27 ?
- Intitulée « Live to the Fullest », la collection explore les souvenirs d’enfance, la liberté et la construction de l’identité. Elle transforme des vêtements familiers, comme les uniformes scolaires et les tenues de scoutisme, en silhouettes contemporaines.
- Quelles matières Matt Hui utilise-t-il pour sa collection printemps-été 2027 ?
- La collection associe notamment coton léger, jersey de coton, fil de papier et cachemire fin. Des broderies florales, de la maille pointelle et des accessoires crochetés complètent ces matières.













