Lamborghini Revuelto SV : la puissance pilotée avec finesse
À Vallelunga, la nouvelle Revuelto SV mise autant sur la précision et le contrôle que sur ses 1 050 chevaux. Une autre idée de l’extrême.
La Lamborghini Revuelto SV ne cherche pas seulement à ajouter des chevaux à une supercar déjà extrême. Sur le circuit de Vallelunga, près de Rome, cette déclinaison Super Veloce révèle une autre ambition : rendre la performance plus précise, mieux encadrée et plus facile à exploiter. Son groupe motopropulseur hybride atteint 1 050 ch, mais ce sont surtout ses freins, son aérodynamique et ses réglages électroniques qui racontent la philosophie de cette nouvelle SV.
Dans la famille Lamborghini, les lettres SV ont longtemps annoncé une version plus radicale, plus légère et plus rapide. De la Miura à l’Aventador, la recette reposait sur une intensification visible des performances. Avec la Revuelto, la marque affirme avoir revu la méthode : le progrès ne consiste pas uniquement à pousser chaque curseur au maximum, mais à choisir les améliorations qui servent réellement la conduite sur circuit.
Lamborghini Revuelto SV : une Super Veloce pensée pour le circuit
La Revuelto SV reprend les fondamentaux de la lignée : une carrosserie plus agressive, une aérodynamique retravaillée et un châssis tourné vers la piste. Les pare-chocs avant, latéraux et arrière adoptent de nouvelles formes, tandis que l’aileron arrière a été développé pour fonctionner avec un gurney flap spécifique. L’objectif annoncé n’est pas seulement de donner à la voiture une présence plus intimidante. Ces éléments doivent contribuer à ses capacités sur circuit.
C’est là que cette SV se distingue de l’idée parfois caricaturale de la supercar comme objet de démonstration. Les changements esthétiques sont liés à une recherche de fonctionnalité, et les choix techniques ne suivent pas tous la logique du « plus » à tout prix. Lamborghini résume son approche ainsi : tout ce qui pouvait être amélioré l’a été. L’essai à Vallelunga donne du poids à cette formule, même si une séance sur piste ne remplace évidemment pas une mesure indépendante des performances.
La suspension constitue un exemple révélateur. La Revuelto standard dispose d’un réglage électronique de l’amortissement. Sur la SV, les combinés filetés KW sont passifs et doivent être réglés hors de la voiture en fonction de l’usage prévu. Sur le papier, c’est un retour à une solution moins automatisée. Dans la pratique, ce choix permet de privilégier la simplicité et la réduction du poids, deux critères cohérents avec une version conçue pour rouler fort.
1 050 ch, mais une hausse de puissance mesurée
La puissance grimpe à 1 050 ch, soit 45 ch de plus que sur la Revuelto. L’augmentation est réelle, mais elle reste mesurée au regard de la puissance totale. Ce choix traduit une forme de retenue inhabituelle dans une catégorie où chaque nouvelle version semble devoir afficher un chiffre supérieur au précédent. Lamborghini conserve ainsi le caractère de son V12 tout en faisant évoluer l’ensemble hybride.
La voiture s’appuie également sur un nouveau capteur central 6D, chargé de mesurer le tangage, le lacet et le roulis. Ces données permettent aux systèmes embarqués de mieux comprendre les mouvements du véhicule et d’accompagner son comportement. Cette couche technologique complète les modifications mécaniques : plutôt que de laisser la puissance seule définir l’expérience, la SV cherche à maintenir la voiture aussi stable et lisible que possible à rythme élevé.
Cette orientation s’inscrit dans une histoire plus longue que celle de la seule Revuelto. Les amateurs de la marque peuvent mettre cette évolution en regard des modèles V12 plus anciens, comme la Lamborghini Murciélago 2010, dernier V12 manuel à enchérir. Le contraste est parlant : l’identité du V12 demeure, mais la manière de l’exploiter dépend désormais d’un ensemble hybride et d’une électronique beaucoup plus présente.
Les freins CCM-R Plus, le vrai temps fort de l’essai
Parmi les évolutions testées, le système de freinage a laissé l’impression la plus marquante. Baptisé CCM-R Plus, il s’inspire de technologies issues de la Formule 1 et de l’endurance. Les disques en carbone-céramique mesurent 420 mm à l’avant et 410 mm à l’arrière. Leur structure en carbone en trois dimensions intègre des fibres plus longues, une conception destinée à améliorer la dissipation de la chaleur et le coefficient de friction.
Les freins carbone-céramique sont connus pour leurs performances, mais aussi pour le temps de chauffe qu’ils peuvent réclamer. Ici, l’équipe technique a encouragé les conducteurs à les solliciter pendant quatre sessions et douze tours rapides. Au fil de la journée, les freinages ont pu être repoussés plus tard, tour après tour. C’est ce comportement répété, plutôt qu’une fiche technique isolée, qui a fait des CCM-R Plus l’élément le plus mémorable de l’essai.
La voiture a toutefois manifesté une légère instabilité au freinage à l’avant, au passage d’une bosse sur la longue ligne droite. Les essayeurs l’ont attribuée à leur manque d’expérience de la voiture et du circuit, sans en tirer de conclusion générale. Cette nuance compte : un ressenti ponctuel sur piste ne suffit pas à établir un défaut, mais elle rappelle aussi qu’une voiture aussi performante demande du temps pour être comprise.
Pilota, cinq niveaux pour doser le risque
Le mode Pilota, sélectionnable depuis une molette au volant, constitue l’autre idée forte de cette Revuelto SV. Il fonctionne indépendamment des modes de conduite comme Sport ou Corsa et rassemble plusieurs réglages des aides électroniques. Ses cinq niveaux modulent notamment l’intervention de l’ABS, du contrôle de stabilité et de l’antipatinage.
Le principe est simple : plus le niveau choisi est élevé, plus le conducteur dispose de liberté et plus les aides se font discrètes. Pendant l’essai, le niveau 2 a été retenu après une discussion avec le pilote d’accompagnement. Dès les premiers virages, la voiture a paru plus mobile, avec de légers mouvements de l’arrière dans certains enchaînements et à la sortie de deux épingles. Le niveau 5, lui, n’était pas recommandé pour cette journée.
La confirmation en deux étapes avant d’activer Pilota ajoute un petit temps d’hésitation, presque théâtral. Mais l’idée est pertinente : au lieu de jongler avec plusieurs commandes distinctes, le conducteur choisit un degré d’intervention général. C’est une manière plus lisible d’ouvrir progressivement la voiture à ceux qui savent ce qu’ils font. La technologie ne disparaît pas, elle devient réglable selon l’expérience et le contexte.
Une sportive qui n’oublie pas l’habitacle
Une Lamborghini ne se résume pas à ses chronos, et la Revuelto SV conserve une attention particulière à la vie à bord. Le système audio Sonus Faber comprend sept haut-parleurs. La marque italienne, connue pour ses équipements audio fabriqués à la main, a travaillé sur une scène sonore destinée à former un espace cohérent autour du conducteur et du passager. Lors de la démonstration, les voix et les morceaux classiques mettaient en avant la netteté des aigus.
L’habitacle fait aussi appel au Dinamica, une matière de type ultrasuède ou Alcantara. Sa texture offre un toucher souple et permet de dessiner des traces à la surface, détail sensoriel apprécié dans un intérieur luxueux. Les goûts en matière de sellerie restent personnels, et cette matière ne remplacera pas forcément pour tout le monde le cuir patiné. Mais elle contribue à l’identité de l’habitacle sans détourner la voiture de sa vocation sportive.
La marque multiplie les façons de faire exister le nom Lamborghini au-delà des voitures, du design aux objets du quotidien. La poussette Lamborghini signée Silver Cross illustre cette extension de l’univers de la marque. La Revuelto SV rappelle toutefois que, dans son domaine d’origine, le badge doit encore se justifier au volant.
L’extrême, quand il sait aussi faire des choix
La Revuelto SV ne rompt pas avec les codes de la Super Veloce. Elle les déplace. Il y a davantage de puissance, une aérodynamique plus agressive et une mise au point dédiée, mais aussi des solutions moins évidentes : des amortisseurs passifs, un capteur qui lit les mouvements de la voiture et un mode qui simplifie le dosage des aides. Le résultat décrit une performance moins fondée sur l’accumulation que sur la cohérence des éléments.
C’est aussi une réponse intéressante à la course aux chiffres qui anime le haut de gamme automobile. Avec 1 050 ch, la Revuelto SV n’a rien d’une sportive modeste, mais son essai ne met pas en avant une vitesse maximale ou un record de tour. Il insiste sur la confiance au freinage, la progressivité des réglages et la capacité à répéter les efforts. La promesse est donc moins spectaculaire sur le papier, mais plus concrète pour qui cherche à comprendre ce qu’une version SV change réellement.
La nouvelle Revuelto semble ainsi porter une idée plus intelligente de la démesure. Pas parce qu’elle rendrait la conduite facile ou sans risque, mais parce qu’elle donne au conducteur des outils mieux pensés pour exploiter une mécanique considérable. Chez Lamborghini, Super Veloce peut désormais vouloir dire moins « toujours plus » que « mieux maîtrisé ».
Questions fréquentes
- Quelle puissance développe la Lamborghini Revuelto SV ?
- La Revuelto SV développe 1 050 ch grâce à son groupe motopropulseur hybride, soit 45 ch de plus que la Revuelto. Lamborghini a choisi de préserver le caractère du V12 plutôt que de privilégier une hausse de puissance plus spectaculaire.
- Où la Lamborghini Revuelto SV a-t-elle été testée ?
- La voiture a été conduite sur l’Autodromo Vallelunga, un circuit situé près de Rome. L’essai comprenait quatre sessions et douze tours à vitesse soutenue.
- Qu’est-ce que le mode Pilota de la Revuelto SV ?
- Accessible depuis une molette au volant, le mode Pilota propose cinq niveaux d’intervention des aides électroniques. Plus le niveau augmente, plus les systèmes comme l’ABS, le contrôle de stabilité et l’antipatinage laissent de marge au conducteur.




