ASICS Homo Scrollus Canapus : le corps en vitrine

À la Grande Halle de La Villette, ASICS transforme l’immobilité devant les écrans en scène de musée et invite les passants à reprendre le mouvement.

À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, ASICS a installé à Paris un diorama grandeur nature consacré à Homo Scrollus Canapus, une espèce fictive qui ressemble un peu trop à notre quotidien. Sous une vitrine transparente, un modèle humain est assis, le dos arrondi, immobile face à des écrans. La scène tient du musée d’histoire naturelle, mais son sujet n’a rien de préhistorique : il s’agit de nos habitudes numériques les plus contemporaines.

Présentée pendant deux jours sur le parvis de la Grande Halle de La Villette, l’installation détourne les codes de l’exposition scientifique pour parler d’inactivité. L’humour est là, dans le nom latin et la posture familière, mais le propos est sérieux. ASICS s’appuie sur une étude mondiale selon laquelle 86 % des personnes interrogées passent leurs heures d’éveil sans activité physique. Le chiffre donne une mesure du phénomène, tandis que le diorama lui donne un visage.

Installation Homo Scrollus Canapus d’ASICS à La Villette : le doomscrolling en vitrine

Homo Scrollus Canapus, miroir de nos vies d’écran

La créature imaginée par ASICS n’est pas présentée comme un monstre ni comme une exception. Elle évoque plutôt une silhouette ordinaire, absorbée par le défilement sans fin des réseaux, les épisodes enchaînés et les longues heures passées devant un ordinateur. Le nom, volontairement pseudo-scientifique, transforme ces gestes en caractéristiques d’une espèce. On rit d’abord de la scène, puis on reconnaît une position, une routine, parfois la sienne.

C’est là que le dispositif trouve sa justesse. Au lieu d’accuser frontalement les visiteurs, il leur propose une distance ironique. Le caisson transparent, les cartels explicatifs et les voix off à tonalité documentaire empruntent le langage des musées. Ils invitent à observer le spécimen, mais aussi à se demander à quel moment cette posture est devenue banale. Les passants qui s’arrêtent devant l’installation sont ainsi amenés à partager leurs propres réflexes : doomscrolling, visionnage prolongé ou journées entières de travail assis.

Le choix de la Grande Halle de La Villette compte également. Placée dans une zone de passage fréquentée, l’œuvre s’adresse à des personnes qui ne sont pas nécessairement venues pour une campagne de prévention. Elle interrompt brièvement le flux urbain et fait de l’espace public un lieu de conversation sur le corps, l’attention et la santé mentale. Une stratégie plus accessible qu’un message médical abstrait, parce qu’elle part d’une expérience immédiatement reconnaissable.

Un diorama ASICS à Paris, entre alerte et autodérision

L’installation ne se limite pas à exposer une posture figée. Son format transforme une donnée générale en scène concrète : un corps recroquevillé, des écrans, une immobilité prolongée. Le spectateur peut mesurer l’écart entre l’image de l’humain actif et cette position devenue familière. En nommant cette figure Homo Scrollus Canapus, ASICS pousse le constat jusqu’à la caricature, sans prétendre que la technologie est en soi le problème. C’est plutôt la place qu’elle occupe dans nos journées qui est interrogée.

Cette approche s’inscrit dans la philosophie historique de la marque, résumée par la formule « un esprit sain dans un corps sain ». ASICS ne parle donc pas seulement de performance sportive ou d’équipement. Elle tente ici de relier activité physique et équilibre mental, en partant d’un enjeu collectif : la difficulté à préserver des moments de mouvement dans des journées structurées par le travail, les loisirs numériques et les déplacements sédentaires.

Cette prise de parole fait écho à la manière dont la marque navigue entre ses racines sportives et la culture contemporaine. Certaines collaborations, comme ASICS x HIDDEN.NY : retour aux sources numériques, utilisent l’univers digital comme terrain esthétique. Ici, le numérique devient plutôt le décor d’une interrogation sur nos comportements. Le contraste est intéressant : l’écran nourrit à la fois la culture visuelle autour des sneakers et une part de l’inactivité que l’installation met en scène.

Quinze minutes pour remettre le corps en jeu

À côté du caisson, un panneau propose une piste de sortie : quelques minutes de mouvement peuvent soutenir le corps et l’esprit. L’idée est portée par le challenge 15 Minutes to Thrive, conçu pour encourager une activité quotidienne accessible. Le message ne demande pas de transformer chaque personne en athlète ni de bouleverser son emploi du temps. Il mise sur un seuil modeste, plus facile à envisager qu’un programme sportif exigeant.

Cette échelle réduite est importante. Face à un chiffre comme les 86 % avancés par l’étude, les conseils de santé peuvent sembler écrasants ou culpabilisants. Une invitation à bouger quelques minutes ramène au contraire la question à des gestes réalisables : interrompre une longue période assise, marcher un peu ou s’accorder une pause active. La campagne ne détaille pas une méthode unique, et c’est aussi ce qui permet à chacun d’imaginer une réponse adaptée à son quotidien.

Le projet s’inscrit dans une réflexion plus large sur la conservation du mouvement, qu’ASICS développe à travers son initiative Movement Conservation. Son intérêt tient moins à une promesse spectaculaire qu’à une idée simple : le mouvement ordinaire mérite lui aussi d’être protégé. La marque prolonge par ailleurs sa présence dans la culture sneaker, comme avec ASICS GEL-Kayano 12 : une collab électrisante, mais déplace ici l’attention du produit vers les habitudes qui déterminent la place du sport dans la vie de tous les jours.

Ce que la vitrine ne peut pas résoudre

Le diorama réussit à rendre visible une contradiction familière : nous savons que rester immobile trop longtemps n’est pas idéal, mais les environnements professionnels et les loisirs numériques rendent cette immobilité facile à reproduire. Une exposition de deux jours ne peut évidemment pas modifier ces conditions à elle seule. Sa valeur est ailleurs : elle crée une image mémorable et ouvre une conversation sans transformer le passant en fautif.

C’est aussi la limite à garder en tête. Le mouvement ne dépend pas uniquement de la motivation individuelle. Le temps disponible, les contraintes de travail, l’accès à des espaces adaptés et la fatigue pèsent sur la capacité à bouger. En choisissant l’humour et une solution à petite échelle, ASICS évite en partie le ton moralisateur, mais le défi collectif dépasse le cadre d’une activation de marque.

Homo Scrollus Canapus fonctionne donc comme un miroir plus que comme une réponse définitive. Il expose une posture, la rend étrange le temps d’un regard, puis propose de réintroduire du mouvement dans la routine. Dans une ville où les écrans accompagnent presque chaque trajet et chaque attente, cette parenthèse muséale rappelle que le corps n’est pas un accessoire de nos journées numériques. Il reste le point de départ de notre rapport au monde, même quand nous oublions de le mettre en mouvement.

Questions fréquentes

Où ASICS a-t-elle présenté Homo Scrollus Canapus ?
Le diorama a été installé sur le parvis de la Grande Halle de La Villette, à Paris, pendant deux jours.
Que représente Homo Scrollus Canapus ?
Cette espèce fictive imaginée par ASICS caricature une personne absorbée par les écrans, assise et courbée, dont les habitudes limitent le mouvement.
Qu’est-ce que le challenge 15 Minutes to Thrive ?
C’est une initiative mise en avant par ASICS pour encourager chacun à consacrer quelques minutes au mouvement, avec des bénéfices recherchés pour le corps et l’esprit.